Déjà vingt jours à NKC…
Le temps de se faire un peu à la vie mauritanienne..entre grosses chaleurs, petite pluie et même un peu de froid.. ! après 15 jours passés à l’auberge Ménata à dormir sous une superbe tente du désert nommée Khaima, me voici en coloc avec 4 autres français dans une maison bien sympa.
Ce n’est pas évident de décrire a posteriori les premières impressions que j’ai eu de cette ville construite dans les années 50 entre le désert et la mer, aujourd’hui peuplée de près d’un million d’habitants, soit le tiers du pays. Le trajet en avion a été magnifique, j’ai pu, après avoir survolé Grenade et le détroit de Gilbraltar, observer le désert depuis les côtes marocaines jusqu’à Nouakchott. Un grand campement vu du ciel..mais très vite on s’y fait. Les routes principales sont goudronnées, les autres sont des pistes en sable. La circulation est vraiment surprenante.. et reflète bien la philosophie du pays, tout est plus ou moins permis..(bien que les trafics en tous genre – drogue, alcool, prostitution – tentent d’être limités par le nouveau gouvernement). Les routes goudronnées existent, mais souvent les voitures préfèrent emprûnter les pistes de sable qui les longent, ce qui créent des 4 voies en plein centre ville ! les voitures sont partout, aucune moto contrairement au Togo, ce sont souvent des voitures volées en provenance d’Europe et du Maroc ou d’autres trop vieilles pour pouvoir rouler chez nous..certains taxis sont mêmes appelés les « tout droit » parce qu’ils ne peuvent plus tourner et ne desservent donc que les grands axes.
Nouakchott serait sûrement difficile à vivre si elle était située en plein désert, mais la mer est là..et quand il fait 40° dans le centre, il en fait 10 de moins sur le plage, ce qui est très agréable ! la route, plutot la piste, qui mène à la mer (la plage est partout, la Mauritanie étant un des seuls pays que l’on peut traverser entièrement du Nord au Sud en roulant sur la plage) est pleine de contrastes assez sinistres..les étendues de sable sont jonchées de détritus en tous genre, Nouakchott ne disposant pas encore vraiment de centre de traitement des déchets. Une odeur très particulière, celle des ordures mêlée à celle du poisson séché, accompagne cette vue. Si l’on regarde un peu plus loin, on aperçoit des hommes qui ramassent du sable et trient les coquillages (utilisés dans le ciment). Plus surprenant encore, ce sont des dizaines de maisons identiques en construction. On se demande vraiment qui va venir habiter là, cela ressemble un peu à des petits chalets de vacances, mais en fait ce sont des logements sociaux prévus pour remplacer les logements très précaires des quartiers pauvres de la ville qui n’ont ni eau ni électricité. Comme quoi, la France devrait peut être prendre exemple ici.. !
Après 10 min, on se retrouve finalement sur la plage, et là c’est magnifique, des étendues de sable à perte de vue bordées par un cordon dunaire. Les mauritaniens ne se baignent pas, d’ailleurs la mer est assez dangereuse. La mer, c’est le poisson. Tous les soirs vers 18h, les pirogues sénégalaises qui ramènent les poissons reviennent avec des thons, dorades et autres gros poissons..le tirage des filets dure bien 1h ! ensuite tous ça est vendu sur le marché aux poissons pour trois fois rien ! d’ailleurs les européens en profitent bien avec leurs droits de pêche ! ici manger du poisson n’est donc pas du tout un luxe. Heureusement d’ailleurs, car le reste de la cuisine n’est pas excellent. Seuls les restos libanais sont vraiment bons ;
Que dire de plus, les tenues vestimentaires des maures surprennent pendant quelques jours (boubou blanc ou bleu pour les hommes et melafa pour les femmes – long voile transparent qui les couvre de la tête aux pieds) mais on trouve vite cela normal et ça permet de protéger du sable. La population est sympathique et on peut se promener seule sans problème, sans être couverte de la tête aux pieds. Cependant, le côté parfois raciste des maures met mal à l’aise. Les immigrés sénégalais, ivoiriens et libériens sont souvent accusés de tous les maux. La société mauritanienne est pourtant elle-même très métissée, puisqu’elle est composée de maures blancs et noirs, de peuls, …cependant, ce sont les maures blancs qui ont souvent les plus hauts postes et tous les gardiens et femmes de ménage sont des noirs, de la classe haratine, l’ancienne ethnie esclave. Ici il normal d’avoir un gardien et plusieurs personnes qui aident à la maison, même dans les familles modestes. J’ai encore du mal à me positionner par rapport à ça, à savoir si c’est vraiment une forme d’esclavage moderne ou si finalement cela permet de créer des revenus et une protection sociale pour une grande frange de la population. Le salaire moyen est environ de 25 000 ouguiyas, soit à peu près 50 euros.
La découverte des marchés, une autre face de Nouakchott, beaucoup plus africaine..
En plein centre, on trouve le marché Capitale où les femmes vendent le tissus, des mélafas de toutes les couleurs..et puis c’est aussi le
paradis pour le marché noir des ouguiyas, euros, FCFA, dirham, tout se change et tous les taux se négocient..c’est en général beaucoup plus intéressant qu’à la banque. Pas très loin, à côté de
l’Hôtel Al Khaima, le plus bâtiment de la ville, se trouve le « point chaud » : le marché aux portables ! cartes sim, boitiers, recharges, ..au milieu des stands de thé à la
menthe, des dromadaires et des chèvres ! une animation permanente. Un peu plus loin, dans les quartiers plus pauvres habités surtout par des sénagalais (5e et 6e) se
trouvent des marchés populaires très sympas..des centaines de stands très colorés avec fruits et légumes, viande, quincallerie, tissus..on peut y marcher des heures. Il vaut mieux avoir du temps
devant soi pour apprécier, négocier est tout un art..et les mauritaniens sont durs en affaires.
J’ai encore
énormément de choses à vous raconter..et la vision que je vous ai donné de Nouakchott n'est vraiment que partielle..
...la traversée du fleuve Sénégal, le festival de jazz de Saint Louis..et puis la découverte des administrations mauritaniennes dans le cadre de ma mission de pré-consulting..mais ce sera pour
plus tard !
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